Après deux jours et demi d'étude intensive du mode de vie des blue collars de l'Arkansas, notre exploration de ce Paris-là s'est conclue sur une note alpestre, par une retraite chic au sommet du Mont Magazine qui surplombe la mer d'arbres de la vallée de l'Arkansas river. Ensuite direction l'Oklahoma, en traçant une longue diagonale du vide, le long de l'Indian National Turnpike. Pas de Wal-Mart ou de Mac Donald à l'horizon sur une cinquantaine de miles, un vrai no man's land. Impression de rouler sur la lune si celle-ci était parsemée de forêts sans fins trouée de terre nue.
Nous voilà parvenus au climax de notre voyage : le Texas, "proud Home of president George W. Bush", dixit le road sign à l'entrée de l'Etat, et le Paris de Wim Wenders, donc.
Nous découvrons un nouveau motel à la décoration étrangement boisé : trois lits, deux chambres, un salon en guise d'entrée, avec un bureau, téléphone et micro-ondes, meuble TV fin Jimmy Carter, début Ronald Reagan. (Après dix jours de voyage, nous possédons un panorama assez large des possibilités hotelières de l'Amérique rurale. Le motel exiguë à l'accueil moins que cordial [Colonial Motel, Kentucky], le motel spacieux avec accueil aux petits oignons, brochures touristiques en pagaille, présentation détailée du comté et des activités locales [Knights Inn, Tennessee], le motel confortable avec accueil façon redneck [Paris Inn, Arkansas].)
Ce voyage nous a transformés : nous prenons la voiture pour faire cinq cent mètres, nous sommes prêts à nous déplacer d'un comté à un autre à seule fin de nous procurer des bières interdites à la vente dans tel ou tel dry county, nous disons "That's neat" pour un oui ou pour un non, nous ne nous nourrissons plus –au moins depuis le Tennessee et sauf exceptions– que de hamburgers, de burritos et de pizzas (la vie new-yorkaise nous avait caché à quel point les plats commandés en drive trough incarnent souvent la seule nourriture disponible pour le visiteur de passage). Nous [enfin je devrais dire "je", puisque je l'impose ] regardons CNN et Fox News ou d'autres talk-shows comme celui de l'immensément réactionnaires Glen Beck, nous ne lisons plus le New York Times mais l'Arkansas Democrat Gazette ou le Tennessean. Et nous allons à la messe. Notre vie commence vraiment à ressembler à un road movie, d'autant plus que faute d'avoir pris sufisamment de disques nous réécoutons sans cesse les mêmes morceaux dont celui-ci :
A moins que vous préfériez ce morceau-ci
Ou celui-là :
(Par ailleurs, vraiment entre parenthèse, si vous êtes vraiment fan de Nancy Sinatra, vous feriez bien d'aller regarder par ici)
J'aimerais vraiment vous donner notre point de vue sur les intentions de vote des dizaines de personnes que nous avons rencontrés mais vous pensez bien que l'on ne va pas vous livrer comme ça gratuitement le fruit de deux semaines de travail de terrain que nous espérons bien vendre au prix fort. Indices : les conditions économiques et de politique étrangère ne pèsent guère en faveur des candidats républicains.
Pour finir juste un clip un peu tarte des Violent Femmes mais la chanson est très belle et very relevant :
Gilles
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