dimanche 14 octobre 2007

This Paris feeling (miscellaneous Kentucky memorabilia)

Désolé de revenir à Paris, Kentucky, mais malgré le désordre que cela impose sur le suivi de notre emploi du temps, je voudrais liquider ici quelques fragments notés in town :

Main Street, 8.30 pm. "Vous avez déjà goûté de l'écureuil ? C'est encore meilleur que le lapin", demande le jeune homme assis à côté du billard pendant que son père entame sa quinzième bière de la soirée. Puis il tend une main grêlée par une allergie aux produits chimiques des pulvérisateurs de peinture qu'utilise l'entreprise familiale, les mêmes qui ont arraché un doigt à son père. Pendant ce temps, Katie, la femme seule du Montana, drague Antoine en jouant au billard et entame à son tour sa quinzième bière. Tullio ennuie un peu tout le monde en essayant de placer un mot dans une conversation qu'il ne comprend pas.

Devant le Pawn'n'shop (prêteur sur gages) évoqué plus bas, un pick-up arbore fièrement un autocollant "Redneck". Dans sa boutique exiguë, le vendeur y fait l'article d'un fusil automatique à un mécanicien. Au dessus du comptoir, un drapeau confédéré, des rangées serrées d'hameçons et des têtes de biches empaillés. Ces mêmes biches que l'on retrouve dans l'album photo du propriétaire des lieux, qui aime les faire poser une fois mortes avec un fusil entre les pattes ou poser leur crane blanc comme neige sur le capot de sa voiture.

En sortant de Paris, il y a la Claiborne Farm, où des Australiennes de passage et des amateurs de course viennent déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de Secretariat, le charismatique canasson qui valut plus d'un million de dollars aux heureux propriétaires des lieux, les Hancock. Leur fortune domine outrageusement l'industrie de l'élevage de chevaux qui fournit la région en devises fraiches et en travailleurs mexicains. D'obséquieux vieux garçons de ferme vous font faire le tour de la ferme en alignant les prodigieuses sommes rapportées par ces grandes bêtes sauvages aux yeux tristes qui passent leur retraite à monter les juments de quelques nouveaux riches japonais ou saoudiens.

Au Mike's food market, la vendeuse propose de 5.30 am à 10 pm des tickets de loterie, des bières et des cigarettes à tout ce que Paris compte d'underclass outsiders et de gueules cassés. Sa belle-mère vient prêter un coup de main du côté des chicken nuggets en soignant son cancer à coups de clopes. Avec ses linéaires à moitié vide, le magasin rappelle davantage la Roumanie de Ceaucescu que le Wal-Mart tout proche.

Pendant ce temps, la campagne déroule imperturbable le moutonnement de ses collines. Les traits bruns des barrières des fermes sinuent dans le vert profond de la prairie. Le ciel grumeleux change à toute vitesse. A Paris même les rues sont vides sinon de quelques latinos mutiques qui nous regardent passer incrédules.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour ce dépaysement...Odile

Anonyme a dit…

Olalalalalala...Paris n'est plus ce qu'elle etait !!!!
La suite, la suite ...c'est super !