lundi 15 octobre 2007

dimanche 14 octobre 2007

The Day of the Lord

"J'aime bien être ici, c'est l'Amérique profonde que j'aime bien", déclara un jour Nicolas Sarkozy au cours de ses vacances dans le New Hampshire. Ce grand naïf ne connaissait pas Paris, Tennessee. Parce que l'American way of life, ce n'est pas seulement faire du canoë sur le lac Winnipesaukee. Ça se mérite. Départ à 11 am pour l'office de la Tennessee Valley Community Church, c'est parti pour une heure et demi de prêche à vocation familiale sur l'importance de la maturité dans la vie d'un chrétien avec groupe de rock FM idoine ("Let Jesus arise, Forever author of salvation, He rose and conquered" doum di dou dam…) , extraits de la bible commentés sur écran géant et une video où la famille Summers vient raconter comment la prière leur a permis de surmonter l'accident de voiture de leur fille. On se promet de bien lire "The Power Up/Fueling the power within", brochure qui dispense, sur fond de photos de course de bagnoles, exercices spirituels et conseils d'hygiène de vie. Après un lunch sur le pouce au All Star grill en regardant les Tennessee Titans se faire rosser par les Tampa Bay Buccaneers, direction le Wal-Mart Supercenter pour un peu de lèche-vitrine. Puis à 7 pm on retourne à l'église, à l'Eastwood Church of Christ (il s'agit d'une variété un peu compliquée d'église baptiste, mais passons), pour une cérémonie plus traditionnelle chantée a capella et dont une bonne moitié consiste en un prêche assez ennuyeux sur la question de la pureté des aînés selon Saint-Paul. Nous finissons par discuter avec le pasteur qui nous montre quand même la batte de baseball qu'il conserve dans son bureau, derrière un rideau, au cas-où, mais pas le flingue qu'il garde dans son pick-up. Après un tour au RJ's Lounge billiards où le patron se livre à même le comptoir à une partie de poker avec quelques habitués –dont un saisissant sosie de ZZ Top–, nous partons manger au Sonique : on s'arrête en bagnole sur le parking, on commande dans un hygiaphone, et là un serveur sort vous apporter votre plat à la fenêtre de votre voiture.
Pour finir, on regarde un peu CNN et on part se coucher. La prochaine fois, promis, on tente une messe chez les Mormons.

This Paris feeling (miscellaneous Kentucky memorabilia)

Désolé de revenir à Paris, Kentucky, mais malgré le désordre que cela impose sur le suivi de notre emploi du temps, je voudrais liquider ici quelques fragments notés in town :

Main Street, 8.30 pm. "Vous avez déjà goûté de l'écureuil ? C'est encore meilleur que le lapin", demande le jeune homme assis à côté du billard pendant que son père entame sa quinzième bière de la soirée. Puis il tend une main grêlée par une allergie aux produits chimiques des pulvérisateurs de peinture qu'utilise l'entreprise familiale, les mêmes qui ont arraché un doigt à son père. Pendant ce temps, Katie, la femme seule du Montana, drague Antoine en jouant au billard et entame à son tour sa quinzième bière. Tullio ennuie un peu tout le monde en essayant de placer un mot dans une conversation qu'il ne comprend pas.

Devant le Pawn'n'shop (prêteur sur gages) évoqué plus bas, un pick-up arbore fièrement un autocollant "Redneck". Dans sa boutique exiguë, le vendeur y fait l'article d'un fusil automatique à un mécanicien. Au dessus du comptoir, un drapeau confédéré, des rangées serrées d'hameçons et des têtes de biches empaillés. Ces mêmes biches que l'on retrouve dans l'album photo du propriétaire des lieux, qui aime les faire poser une fois mortes avec un fusil entre les pattes ou poser leur crane blanc comme neige sur le capot de sa voiture.

En sortant de Paris, il y a la Claiborne Farm, où des Australiennes de passage et des amateurs de course viennent déposer une gerbe de fleurs sur la tombe de Secretariat, le charismatique canasson qui valut plus d'un million de dollars aux heureux propriétaires des lieux, les Hancock. Leur fortune domine outrageusement l'industrie de l'élevage de chevaux qui fournit la région en devises fraiches et en travailleurs mexicains. D'obséquieux vieux garçons de ferme vous font faire le tour de la ferme en alignant les prodigieuses sommes rapportées par ces grandes bêtes sauvages aux yeux tristes qui passent leur retraite à monter les juments de quelques nouveaux riches japonais ou saoudiens.

Au Mike's food market, la vendeuse propose de 5.30 am à 10 pm des tickets de loterie, des bières et des cigarettes à tout ce que Paris compte d'underclass outsiders et de gueules cassés. Sa belle-mère vient prêter un coup de main du côté des chicken nuggets en soignant son cancer à coups de clopes. Avec ses linéaires à moitié vide, le magasin rappelle davantage la Roumanie de Ceaucescu que le Wal-Mart tout proche.

Pendant ce temps, la campagne déroule imperturbable le moutonnement de ses collines. Les traits bruns des barrières des fermes sinuent dans le vert profond de la prairie. Le ciel grumeleux change à toute vitesse. A Paris même les rues sont vides sinon de quelques latinos mutiques qui nous regardent passer incrédules.

samedi 13 octobre 2007

La Poste


Downtown Paris (Tennessee)




Impressions from the Deep South

Deep South, here we come. Nous sommes depuis hier soir à Paris, Tennessee, home of the world biggest fish fry. Arrivée de nuit, après nous être enfoncés tout l'après-midi dans les forêts qui vallonnent l'ouest du Kentucky, de plus en plus dense après le paysage de prairie que nous avons sillonné ces derniers jours. La ville possède un centre un rien plus étendu que son homonyme, avec en plus tout l'attirail de junk-food à emporter et de pièces détachés automobiles sans lesquels l'american landscape n'existerait pas. Pas de piétons à l'horizon, tout se fait en bagnole (il existe un drive-in pour poster ses lettres sans descendre du pick-up). Nous commençons of course notre exploration de la ville par un bar, le Richard Naggin's. Billards, grand drapeau américain au plafond, fresque murale avec sous-marins et porte-avions aux tons pastel en hommage à l'armée américaine. L'attraction majeure reste le karaoke qui semble être un vrai sport local que vante chaque échoppe. Les habitués se pressent devant l'écran pour chanter un morceau de Prince, un extrait de Grease ou un vieux tube country ("I won't smoke weed with Billy again…"). La serveuse chante rudement bien. Deux cowboys font leur entrée en roulant des mécaniques. Bien bourré, l'un d'entre eux entame Great Balls of fire de Jerry Lee Lewis, puis se met à raconter par le menu à la trentaine de personnes du bar comment une dame de soixante ans qu'il ramenait chez elle "en vrai boy-scout" après une soirée trop arrosée l'a gratifié d'un blow-job avantde coucher avec lui. Bref, l'atmosphère est un rien plus détendue que lors de notre dernière étape.
Sinon, notre style, comment dire, relativement européen attire spontanément les gens. Du coup, au RJ's Lounge Billiards, où nous prenons un café, je me retrouve en première ligne pour taper le bout de gras avec un certain David McNeill, 250 ans à vue de nez, qui nous invite à passer chez lui sur Regin Street, pour des motifs que l'élocution sudiste et une dentition proche du néant rendent difficilement compréhensibles. Je parviens seulement à comprendre que que s'il vient souvent dans les bars pour oublier ses problèmes, c'est parce que l'atmosphère lui rappelle le restaurant que tenait son père. Et je lui rappelle un ami perdu. Mais je crois qu'il a l'impression que nous sommes des Mormons ou que nous travaillons pour une entreprise, ce n'est pas très clair. Ça pourrait être pire : à Paris, Kentucky, on nous prenait systématiquement pour des étudiants, du coup cela prend presque la tournure d'un compliment…
Nous mangeons un poisson-chat au Knott's puis nous passons à côté du tournoi de pêche ce samedi au bord du Kentucky Lake (le deuxième plus grand lac artificiel des Etats-Unis). On se console en regardant un concert en plein air de The River, un groupe de metal qui joue devant quatre personnes en l'honneur du Henry County Animal center Concert and Fun day (ils dédient leur morceau My reality à leur pote parti en Irak). Demain nous allons à l'église nous régénérer spirituellement. Nous en avons bien besoin.

vendredi 12 octobre 2007

Tennessee's Eiffel Tower

On the road



Le château de Versailles (in Kentucky)


Today: From Paris Kentucky to Paris Tennessee


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Breakfast at Varden's

Après une nuit agitée au Colonial Motel, nous voilà de retour dans les rues de Paris. La ville s'étend le long de Main et High Street avant de s'éparpiller dans une campagne vallonnée qui rappelle vaguement la Normandie. Main Street, c'est à la fois les Champs-Elysées et le Barbès de Paris, Kentucky : la gargotte tex-mex y côtoie le restaurant chic. On recommence à tourner en rond entre le Starbucks, le Wal-Mart et Varden's, le seul endroit ici avec la bibliothèque à avoir le wifi. C'est aussi un endroit étonnamment sophistiqué, soigneusement décoré dans un decorum art nouveau qui contraste avec, au hasard, la mise en scène brut de décoffrage du magasin d'armes.

mercredi 10 octobre 2007

Il est cinq heures, Paris s'éteint

Deuxième jour à Paris. Après une nuit dans une chambre sombre (quelqu'un a piqué les ampoules) qui sent les pieds au Colonial Motel, Don Kiser, le maire démocrate de Paris, nous accueille. Nous bavardons longuement des mérites comparés de nos systèmes de santé, de la "tremendous work ethic" des latinos et des avantages d'une légalisation des drogues dures, qui selon lui pourrait ralentir leur consommation tout en ramenant de l'argent à l'état. Puis nous reprenons pour la quinzième fois Main Street pour nous rendre au Bourbon County Citizen, "plus vieux journal en activité du Kentucky" dont nous visitons les locaux à faire passer Nord Eclair pour le New York Times tout en glanant de précieuses informations sur le contexte socio-politique local. L'après-midi, Antoine prend des photos pendant que j'interroge le personnel de la bibliothèque municipale. Arrêt rapide chez le vendeur d'armes/cannes à pêche/jeux video qui arbore un autocollant "Shop with a cop" et un autocollant Bush/Cheney sur sa porte, en face du Paris Pet Shop (et son dog spa). On y retourne demain. Il est 18 heures, tout est fermé depuis une heure. Aurons-nous le temps de passer au mini-golf à thème biblique de Lexington ?
Si jamais vous passez par Paris, évitez le Paradise Café; leur poulet mou vous pèsera singulièrement sur l'estomac.

Mile 39 on the road to Kentucky


Flight to Indianapolis